samedi 31 janvier 2009

Discours du Pape Pie VI au Consistoire du 11 juin 1793

Discours du Pape Pie VI
Consistoire du 11 juin 1793
” Vénérables Frères, comment Notre voix n’est-elle point étouffée dans ce moment par Nos larmes et par Nos sanglots ? N’est-ce pas plutôt par Nos gémissements que par Nos paroles, qu’il convient d’exprimer cette douleur sans bornes que Nous sommes obligés de manifester devant vous en vous retraçant le spectacle que l’on vit à Paris le 21 du mois de janvier dernier.
” Le Roi très Chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie et ce jugement s’est exécuté. Nous vous rappellerons en peu de mots les dispositions et les motifs de la sentence. La Convention Nationale n’avait ni droit ni autorité pour la prononcer.
” En effet, après avoir aboli la monarchie, le meilleur des gouvernements, elle avait transporté toute la puissance publique au peuple, qui ne se conduit ni par raison, ni par conseil, ne se forme sur aucun point des idées justes, apprécie peu de chose par la vérité et en évalue un grand nombre d’après l’opinion ; qui est toujours inconstant, facile à être trompé, entraîné à tous les excès, ingrat, arrogant, cruel… La portion la plus féroce de ce peuple, peu satisfaite d’avoir dégradé la majesté de son Roi, et déterminée à lui arracher la vie, voulut qu’il fût jugé par ses propres accusateurs qui s’étaient déclarés hautement ses plus implacables ennemis. Déjà, dès l’ouverture du procès, on avait appelé, tour à tour, parmi les juges quelques députés plus particulièrement connus par leurs mauvaises dispositions, pour mieux s’assurer de faire prévaloir l’avis de la condamnation par la pluralité des opinions.
” On ne put cependant pas assez augmenter le nombre pour obtenir que le Roi fût immolé en vertu d’une majorité légale. A quoi ne devait-on pas s’attendre et quel jugement exécrable à tous les siècles ne pouvait-on pas pressentir en voyant le concours de tant de juges pervers, et de tant de manœuvres employées pour capter les suffrages.
” Toutefois, plusieurs d’entre eux ayant reculé d’horreur au moment de consommer un si grand forfait, on imagina de revenir aux opinions, et les conjurés ayant ainsi voté de nouveau, prononcèrent que la condamnation était légitimement décrétée. Nous passerons ici sous silence une foule d’autres injustices, de nullités et d’invalidités que l’on peut lire dans les plaidoyers des avocats et dans les papiers publics. Nous ne relevons pas non plus tout ce que le Roi fut contraint d’endurer avant d’être conduit au supplice : sa longue détention dans diverses prisons d’où il ne sortait jamais que pour être conduit à la barre de la Convention, l’assassinat de son confesseur, sa séparation de la Famille Royale qu’il aimait si tendrement ; enfin cet amas de tribulations rassemblé sur lui pour multiplier ses humiliations et ses souffrances. Il est impossible de ne pas en être pénétré d’horreur quand on n’a point abjuré tout sentiment d’humanité. L’indignation redouble encore de ce que le caractère de ce Prince était naturellement doux et bienfaisant ; que sa clémence, sa patience, son amour pour son peuple furent toujours inaltérables…
” Mais ce que Nous ne saurions pas surtout passer sous silence, c’est l’opinion universelle qu’il a donnée de sa vertu par son testament, écrit de sa main, émané du fond de son âme, imprimé et répandu dans toute l’Europe. Quelle haute idée on y conçoit de sa vertu ! Quel zèle pour la religion catholique ! Quel caractère d’une piété véritable envers Dieu ! Quelle douleur, quel repentir d’avoir apposé son nom malgré lui à des Décrets si contraires à la discipline et à la Foi orthodoxe de l’Église. Prêt à succomber sous le poids de tant d’adversités qui s’aggravaient de jour en jour sur sa tête, il pouvait dire comme Jacques Ier, Roi d’Angleterre, qu’on le calomniait dans les Assemblées du peuple, non pour avoir commis un crime, mais parce qu’il était Roi, ce que l’on regardait comme le plus grand de tous les crimes…
” Et qui pourra jamais douter que ce monarque n’ait été principalement immolé en haine de la Foi et par un esprit de fureur contre les dogmes catholiques ? Déjà depuis longtemps les calvinistes avaient commencé à conjurer en France la ruine de la religion catholique.
” Mais pour y parvenir, il fallut préparer les esprits et abreuver les peuples de ces principes impies que les novateurs n’ont ensuite cessé de répandre dans les livres qui ne respiraient que la perfidie et la sédition. C’est dans cette vue qu’ils se sont ligués avec des philosophes pervers. L’Assemblée Générale du Clergé de France de 1755 avait découvert et dénoncé les abominables complots de ces artisans d’impiété. Et Nous-mêmes aussi, dès le commencement de Notre Pontificat, prévoyant les exécrables manœuvres d’un parti si perfide, Nous annoncions le péril imminent qui menaçait l’Europe dans Notre Lettre Encyclique adressée à tous les Évêques de l’Église Catholique…
” Si l’on avait écouté Nos représentations et Nos avis, Nous n’aurions pas à gémir maintenant de cette vaste conjuration tramée contre les rois et contre les empires.
” Ces hommes dépravés s’aperçurent bientôt qu’ils avançaient rapidement dans leurs projets ; ils reconnurent que le moment d’accomplir leurs desseins était enfin arrivé ; ils commencèrent à professer hautement, dans un livre imprimé en 1787, cette maxime d’Hugues Rosaire ou bien d’un autre auteur qui a pris ce nom, que c’était une action louable que d’assassiner un souverain qui refuserait d’embrasser la réforme ou de se charger de défendre les intérêts des Protestants en faveur de leur religion.
” Cette doctrine ayant été publiée peu de temps avant que Louis fût tombé dans le déplorable état auquel il a été réduit, tout le monde a pu voir clairement quelle était la première source de ses malheurs. Il doit donc passer pour constant qu’ils sont tous venus des mauvais livres qui paraissaient en France, et qu’il faut les regarder comme les fruits naturels de cet arbre empoisonné.
” Aussi a-t-on publié dans la vie imprimée de l’impie Voltaire, que le genre humain lui devait d’éternelles actions de grâces comme au premier auteur de la Révolution Française.
” C’est lui, dit-on, qui en excitant le peuple à sentir et à employer ses forces, a fait tomber la première barrière du despotisme : le pouvoir religieux et sacerdotal. Si l’on n’eût pas brisé ce joug, on n’aurait jamais brisé celui des tyrans. L’un et l’autre se tenaient si étroitement unis que le premier, une fois secoué, le second devait l’être bientôt après. En célébrant comme le triomphe de Voltaire la chute de l’Autel et du Trône, on exalte la renommée et la gloire de tous les écrivains impies comme autant de généraux d’une armée victorieuse. Après avoir ainsi entraîné, par toutes sortes d’artifices, une très grande portion du peuple dans leur parti pour mieux l’attirer encore par leurs œuvres et par leurs promesses, ou plutôt pour en faire leur jouet dans toutes les provinces de France, les factieux se sont servis du mot spécieux de liberté, ils en ont arboré les trophées et ils ont invité de tous côtés la multitude à se réunir sous ses drapeaux. C’est bien là, véritablement, cette liberté philosophique qui tend à corrompre les esprits, à dépraver les mœurs, à renverser toutes les lois et toutes les institutions reçues. Aussi fut-ce pour cette raison que l’Assemblée du Clergé de France témoigna tant d’horreur pour une pareille liberté, quand elle commençait à se glisser dans l’esprit du peuple par les maximes les plus fallacieuses. Ce fut encore pour les mêmes motifs que Nous avons cru, Nous-mêmes, devoir la dénoncer et la caractériser en ces termes :
” Les philosophes effrénés entreprennent de briser les liens qui unissent tous les hommes entre eux, qui les attachent aux Souverains et les contiennent dans le devoir. Ils disent et répètent jusqu’à satiété que l’homme naît libre et qu’il n’est soumis à l’autorité de personne. Ils représentent, en conséquence, la Société comme un amas d’idiots dont la stupidité se prosterne devant les prêtres et devant les rois qui les oppriment, de sorte que l’accord entre le Sacerdoce et l’Empire n’est autre chose qu’une barbare conjuration contre la liberté naturelle de l’homme. Ces avocats tant vantés du genre humain ont ajouté au mot fameux et trompeur de liberté cet autre nom d’égalité qui ne l’est pas moins. Comme si entre des hommes qui sont réunis en société et qui ont des dispositions intellectuelles si différentes, des goûts si opposés et une activité si déréglée, si dépendante de leur cupidité individuelle, il ne devait y avoir personne qui réunît la force et l’autorité nécessaires pour contraindre, réprimer, ramener au devoir ceux qui s’en écartent, afin que la Société, bouleversée par tant de passions diverses et désordonnées, ne soit précipitée dans l’anarchie et ne tombe pas en dissolution.
” … Après s’être établis, selon l’expression de Saint Hilaire de Poitiers, Réformateurs des Pouvoirs publics et arbitres de la religion, tandis que le principal objet est au contraire de propager partout un esprit de soumission et d’obéissance, ces novateurs ont entrepris de donner une constitution à l’Église elle-même par de nouveaux décrets inouïs jusqu’à ce jour.
” C’est de ce laboratoire qu’est sortie une constitution sacrilège que Nous avons réfutée dans Notre réponse du 10 mars 1791 à l’exposition des principes qui Nous avait été soumise par cent trente Évêques. On peut appliquer convenablement à ce sujet ces paroles de Saint Cyprien : “Comment se fait-il que les Chrétiens soient jugés par des hérétiques, les hommes sains par des malades … les juges par des coupables, les prêtres par des sacrilèges ?”.
” Que reste-t-il donc de plus que de soumettre l’Église au capitole ? Tous les Français qui se montraient encore fidèles dans les différents ordres de l’État et qui refusaient avec fermeté de se lier par un serment à cette nouvelle Constitution, étaient aussitôt accablés de revers et voués à la mort. On s’est hâté de les massacrer indistinctement ; on a fait subir les traitements les plus barbares à un grand nombre d’ecclésiastiques. On a égorgé des Évêques … ceux que l’on persécutait avec moins de rigueur se voyaient arrachés de leurs foyers et relégués dans des pays étrangers, sans aucune distinction d’âge, de sexe, de condition. On avait décrété que chacun était libre d’exercer la religion qu’il choisirait, comme si toutes les religions conduisaient au salut éternel ; et cependant la seule religion catholique était proscrite.
” Seule, elle voyait couler le sang de ses disciples dans les places publiques, sur les grands chemins et dans leurs propres maisons. On eût dit qu’elle était devenue un crime capital. Ils ne pouvaient trouver aucune sûreté dans les États voisins où ils étaient venus chercher asile … Tel est le caractère constant des hérésies. Tel a toujours été, dès les premiers siècles de l’Église, l’esprit des hérétiques, spécialement développé de notre temps par les manœuvres tyranniques des calvinistes qui ont cherché avec persévérance à multiplier leurs prosélytes par toutes sortes de menaces et de violences. D’après cette suite ininterrompue d’impiétés qui ont pris leur origine en France, aux yeux de qui n’est-il pas démontré qu’il faut imputer à la haine de la religion les premières trames de ces complots qui troublent et ébranlent toute l’Europe ? Personne ne peut nier que la même cause n’ait amené la mort funeste de Louis XVI. On s’est efforcé, il est vrai, de charger ce Prince de plusieurs délits d’un ordre purement politique. Mais, le principal reproche qu’on ait élevé contre lui, portait sur l’inaltérable fermeté avec laquelle il refusa d’approuver et de sanctionner le décret de déportation des prêtres, et la lettre qu’il écrivit à l’Évêque de Clermont pour lui annoncer qu’il était bien résolu de rétablir en France, dès qu’il le pourrait, le culte catholique. Tout cela ne suffit-il pas pour qu’on puisse croire et soutenir, sans témérité, que Louis fut un martyr ?
” … Mais, d’après ce que nous avons entendu, on opposera ici, peut-être, comme un obstacle péremptoire au martyre de Louis, la sanction qu’il a donnée à la Constitution, que Nous avons déjà réfutée dans Notre susdite réponse aux Évêques de France. Plusieurs personnes nient le fait et affirment que lorsqu’on présenta cette Constitution à la signature du Roi, il hésita, recueilli dans ses pensées, et refusa son seing de peur que l’apposition de son nom ne produisit tous les effets d’une approbation formelle. L’un de ses ministres que l’on nomme, et en qui le Roi avait alors une grande confiance, lui représenta que sa signature ne prouverait autre chose que l’exacte conformité de la copie avec l’original, de manière que Nous, à qui cette Constitution allait être adressée, Nous ne pouvions sans aucun prétexte élever le moindre soupçon sur son authenticité.
” Il paraît que ce fut cette simple observation qui le détermina aussitôt à donner sa signature. C’est aussi ce qu’il insinue lui-même dans son testament quand il dit que son seing lui fut arraché contre son propre vœu.
” Et, en effet, il n’aurait pas été conséquent et se serait mis en contradiction avec lui-même, si, après avoir approuvé volontairement la Constitution du Clergé de France, il l’eût rejetée ensuite avec la plus inébranlable fermeté, comme il fit lorsqu’il refusa de sanctionner le Décret de déportation des Prêtres non assermentés, et lorsqu’il écrivit à l’Évêque de Clermont qu’il était déterminé à rétablir en France le culte catholique.
” Mais quoiqu’il en soit de ce fait, car Nous n’en prenons pas sur Nous la responsabilité, et quand même Nous avouerions que Louis, séduit par défaut de réflexion ou par erreur, approuva réellement la Constitution au moment où il souscrivit, serions-Nous obligés pour cela de changer de sentiment au sujet de son martyre ? Non, sans doute. Si Nous avions eu pareil dessein, Nous en serions détournés par sa rétractation subséquente aussi certaine que solennelle et par sa mort même qui fut votée en haine de la religion catholique ; de sorte qu’il paraît difficile que l’on puisse rien contester de la gloire de son martyre.
” … Appuyé sur cette raison, celle du Pape Benoît XIV, et voyant que la rétractation de Louis XVI, écrite de sa propre main et constatée encore par l’effusion d’un sang si pur, est certaine et incontestable, Nous ne croyons pas Nous éloigner du principe de Benoît XIV, non pas, il est vrai, en prononçant dans ce moment un Décret pareil à celui que Nous venons de citer, mais en persistant dans l’opinion que Nous Nous sommes formée du martyre de ce Prince, nonobstant toute approbation qu’il avait donnée à la Constitution Civile du Clergé quelle qu’elle eût été.
” Ah ! France ! Ah ! France ! toi que nos prédécesseurs appelaient le miroir de la chrétienté et l’inébranlable appui de la foi, toi qui, par ton zèle pour la croyance chrétienne et par ta piété filiale envers le siège apostolique, ne marche pas à la suite des autres nations, mais les précède toutes, que tu Nous es contraire aujourd’hui ! De quel esprit d’hostilité tu parais animée contre la véritable religion !
” Combien la fureur que tu lui témoignes surpasse déjà les excès de tous ceux qui se sont montrés jusqu’à présent ses persécuteurs les plus implacables ! Et cependant, tu ne peux pas ignorer, quand même tu le voudrais, que la religion est la gardienne la plus sûre et le plus solide fondement des empires, puisqu’elle réprime également les abus d’autorité dans les puissances qui gouvernent, et les écarts de la licence dans les sujets qui obéissent. Et c’est pour cela que les factieux adversaires des prérogatives royales cherchent à les anéantir et s’efforcent d’amener d’abord le renoncement à la foi catholique.
” Ah ! encore une fois, France ! Tu demandais même auparavant un Roi catholique. Tu disais que les lois fondamentales du Royaume ne permettaient point de reconnaître un Roi qui ne fut pas catholique, et c’est précisément parce qu’il était catholique que tu viens de l’assassiner !
” Ta rage contre ce monarque s’est montrée telle que son supplice même n’a pu ni l’assouvir, ni l’apaiser. Tu as voulu encore la signaler après sa mort sur ses tristes dépouilles ; car tu as ordonné que son cadavre fut transporté et inhumé sans aucun appareil d’une honorable sépulture.
” Ô jour de triomphe pour Louis XVI à qui Dieu a donné et la patience dans les tribulations, et la victoire au milieu de son supplice !
” Nous avons la confiance qu’il a heureusement échangé une couronne royale toujours fragile et des lys qui se seraient flétris bientôt, contre cet autre diadème impérissable que les anges ont tissé de lys immortels.
” Saint Bernard nous apprend dans ses lettres au Pape Eugène, son disciple, ce qu’exige de Nous dans ces circonstances Notre ministère apostolique, lorsqu’il exhorte à multiplier ses soins afin que les incrédules se convertissent à la Foi, que ceux qui sont convertis ne s’égarent plus et que ceux qui sont égarés rentrent dans le droit chemin. Nous avons, Nous aussi, pour modèle la conduite de Clément VI, Notre prédécesseur, qui ne cessa de poursuivre la punition de l’assassinat d’André, Roi de Sicile, en infligeant les peines les plus fortes à ses meurtriers et à leurs complices, comme on peut le voir dans ses Lettres Apostoliques. Mais que pouvons-Nous tenter, que pouvons-Nous attendre, quand il s’agit d’un peuple qui, non seulement n’a eu aucun égard pour Nos monitions, mais qui s’est encore permis, envers Nous, les offenses, les usurpations, les outrages et les calomnies les plus révoltantes ; et qui est enfin parvenu à cet excès d’audace et de délire, de composer sous Notre Nom des lettres supposées et parfaitement assorties à toutes les nouvelles erreurs.
” Laissons-le donc s’endurcir dans sa dépravation puisqu’elle a pour lui tant d’attraits, et espérons que le sang innocent de Louis crie en quelque sorte et intercède pour que la France reconnaisse et déteste son obstination à accumuler sur elle tant de crimes, et qu’elle se souvienne des châtiments effroyables qu’un Dieu juste, Vengeur des forfaits, a souvent infligés à des Peuples qui avaient commis des attentats beaucoup moins énormes.
” Telles sont les réflexions que Nous avons jugées les plus propres à vous offrir quelques consolations dans un si horrible désastre.
” C’est pourquoi pour achever ce qui Nous reste à dire, Nous vous invitons au Service solennel que Nous célébrerons avec vous pour le repos de l’âme du Roi Louis XVI, quoique les prières funèbres puissent paraître superflues quand il s’agit d’un chrétien qu’on croit avoir mérité la palme du martyre, puisque Saint Augustin dit que l’Église ne prie pas pour les martyrs, mais qu’elle se recommande plutôt à leurs prières… “

Un Noir élu à la tête des républicains américains



Les républicains ont élu pour la première fois hier soir un Noir, Michael Steele, pour diriger leur parti, dix jours après l'investiture du premier président noir des Etats-Unis Barack Obama.

"C'est fantastique, c'est avec grande humilité et le sens du devoir que j'accepte" cette nomination, a déclaré Michael Steele, 50 ans, un ancien gouverneur adjoint du Maryland (est), devant les membres du parti réunis après le vote.

"Merci à vous tous de m'offrir la chance d'être le nouveau président national" du parti, a-t-il ajouté, après son élection après six tours de scrutin.

Michael Steele, né en 1958 dans le Maryland, a été séminariste pendant trois ans mais a finalement choisi une carrière de juriste. Il est diplômé en droit de l'université de Georgetown et est actuellement associé du cabinet Dewey & LeBoeuf à Washington.

Elu gouverneur adjoint du Maryland en 2003, il avait émergé sur la scène politique lors de la convention républicaine en 2004, où il avait été repéré par le président George W. Bush, selon un communiqué du camp républicain.

Il s'est engagé hier devant les républicains à "faire grandir le parti, renforcer le parti", minoritaire dans les deux chambres du Congrès américain, et qui a perdu la Maison Blanche le 4 novembre, avec l'élection du démocrate Barack Obama.

"Nous sommes fiers d'être le parti conservateur des Etats-Unis. Et nous allons nous assurer que nous travaillerons dur pour garantir que ces principes, ces valeurs, qui ont fait de nous le parti de Lincoln soient prises en compte, font partie des politiques mises en oeuvre pour aider à donner une nouvelle direction à ce pays", a-t-il déclaré.

Abraham Lincoln, le président qui a aboli l'esclavage au XIXe siècle et prôné l'union par delà les divisions de la guerre de Sécession (1861-1865), est le modèle en politique du président Obama. Il était républicain.

(Source AFP)

vendredi 30 janvier 2009

Vidéo sur la crise de l'Eglise

http://www.dailymotion.com/video/xzz36_mgr-lefebvre-ils-lont-decouronne_news

samedi 24 janvier 2009

St. Francis prayer was modern creation

St. Francis prayer was modern creation

VATICAN CITY – A simple prayer for peace attributed to St. Francis, widely quoted by leaders and cherished by many Christians, probably had nothing to do with the medieval friar.

The Vatican's newspaper, L'Osservatore Romano, reported this week that the prayer that begins with "Lord, make me an instrument of Thy peace," first appeared in France at the start of the 20th century and became popular during World War I.

U.S. President Bill Clinton quoted the prayer, attributing it to St. Francis, to greet the arrival of Pope John Paul II in 1995, and captured its appeal for millions of faithful.

"His prayer, carried to this day in the pockets, the purses, the billfolds of many American Catholics and revered by many who are not Catholics, is a simple clarion to unity," Clinton said as he welcomed the pope at Newark International Airport.

Mother Teresa led the audience in the prayer when she accepted the Nobel Peace Prize in 1979 and that same year Margaret Thatcher cited it when she took office as Britain's prime minister.

"I would just like to remember some words of St. Francis of Assisi," she said before quoting: "Where there is discord, may we bring harmony. Where there is error, may we bring truth. Where there is doubt, may we bring faith. And where there is despair, may we bring hope."

But L'Osservatore this week concluded that Thatcher was actually quoting from a French prayer, first printed in a Catholic weekly in 1912.

The "Simple Prayer" — as it also is known_ was then republished on the front page of the Vatican newspaper in 1916 at the request of Pope Benedict XV, who appreciated its message of peace in the midst of World War I.

The exact author remains unknown, but it is written "in the spirit of the saint," said Giovanni Maria Vian, the newspaper's editor.

Vian said the prayer was probably attributed to St. Francis because between the two world wars it was popularized by a French Franciscan who printed it on cards with the image of the saint on the back.

To church historians and insiders it was no mystery that the peace-loving St. Francis, who lived a life of poverty and preached love for all creatures in 13th-century Italy, was not the prayer's author.

"Francis spoke the Italian of the 1200s, he didn't use this kind of language," historian Alberto Melloni told The Associated Press. "It's clearly inspired by Franciscan themes, but Francis himself is not the author."

Melloni, who teaches the history of Christianity at the University of Modena, said there was no organized "deception" in attributing the text to the saint, but it was popular tradition that made the connection between the prayer and "a feeling of devotion that recalled Francis' figure."

dimanche 18 janvier 2009

La joie spirituelle

La joie spirituelle

LA JOIE SPIRITUELLE
D'après le Père Ambroise de Lombez (Gers), o.f.m. (Jean de Lapeyrie, 1708-1778),
Traité de la Joie de l'âme chrétienne, éd. du Sel, 49240 Avrillé; septembre 2007. Extraits.
La JOIE des SAINTS (Chapitre V)
La joie est un des fruits du Saint-Esprit (Galates 5,22) et la  plénitude du Saint-Esprit qui fait les saints, fait aussi la plénitude de la joie. C'est à cette joie que le disciple bien-aimé nous exhorte: Réjouissez-vous, et que votre joie soit complète (1 Jean 1,4). Même dans les tribulations, les saints gardaient ce précieux don: Je surabonde de joie dans toutes nos tribulations s'exclamait Saint Paul (2 Corinthiens 7, 4). Et l'apôtre Saint Jacques: Tenez pour une joie suprême d'être en butte à toutes sortes d'épreuves (1, 2).
Comment conserver la joie ? (Chap. VI):
1- Se maintenir dans la justice, c'est-à-dire dans la grâce de Dieu en pratiquant constamment la vertu.
2- Occuper son esprit de ce qui peut réjouir le cœur en éloignant ce qui porte à la tristesse. C'est le contraire de ce qui porte à la sensualité, à la vanité, à l'ambition, aux intrigues qui ne produit que craintes, défiances et troubles. C'est, surtout, être toujours tourné vers Dieu, source de notre joie en considérant combien Il nous aime: Je vous ai aimés, demeurez en mon amour (Jean 15,9) et comme Il nous protège: Il te couvrira de son aile; sous ses ailes tu trouveras ton refuge (Psaume 90,4).
Aimer Dieu c'est ne faire qu'un avec Lui: Je prie que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous (Jean 17,20-21). Nous sommes toujours l'objet de l'amour et de la tendresse de Dieu, des attentions de sa providence, de ses sollicitudes. S'abandonner à la tristesse serait alors Lui faire offense et faire preuve d'ingratitude.
3- Demander instamment la joie à Dieu en nous remplissant de plus en plus de sa présence. Surtout devant le Saint-Sacrement, sacrement de l'Amour par excellence qui nous appelle à dilater notre cœur. L'oraison est le grand remède à la tristesse: Quelqu'un d'entre vous est-il triste ? Qu'il prie! (Jacques 5,13.
4- Aimer Dieu et son service: L'amour chasse la tiédeur et la tristesse, il remplit notre cœur.
5- Ne s'attacher à rien d'autre que Lui. L'âme fidèle est épouse de Jésus-Christ et se dépouille de tout le reste: le monde, le matérialisme, les plaisirs des sens, etc.
6- Ne prendre pas trop sur soi: on veut tout faire et réussir par soi-même; d'où l'accablement et la tristesse, l'humeur et le dépit. On veut aussi trop en faire (Qui embrasse trop, mal étreint dit le dicton) et par sa volonté propre. C'est un piège du démon. L'excès est nuisible en tout.
7- Se contenter de peu. Rien ne trouble tant l'homme et ne lui fait tant perdre la joie que le désir d'avoir ce qu'il n'a pas. Un cœur plein de désirs est toujours dévoré par la tristesse. Si on ne se contente pas du nécessaire, les désirs n'ont plus de bornes et ils nous tourmentent sans fin. Le grand secret pour être toujours content et heureux de ce qu'on a est de regarder au-dessous de soi, au lieu de porter ses vues plus haut comme nous faisons toujours. Si nous nous comparions à ceux qui sont moins bien pourvus, nous serions contents de notre sort. Il a l'esprit abattu, celui qui songe à ses biens alors qu'il est appelé au Royaume de Dieu (St Pierre Chrysologue).
8- La confiance en Dieu. "Confie-toi de tout ton cœur à Yahvé, et ne t'appuie pas sur ta propre intelligence. Dans toutes tes démarches pense à Lui, et Il aplanira tes sentiers" (Proverbes 3, 5-6). En se confiant à Dieu on trouve la consolation du cœur et la force d'âme. Quoiqu'on veuille entreprendre, consultons Dieu et Il nous éclairera et nous aidera pour le réaliser. Dans les revers, ayons recours à Lui et n'attendons de secours que de Lui. Il nous fera user avec sobriété des biens qu'Il nous a accordés avec profusion. Si on ne veut pas se laisser emporter par son imagination, adressons-nous à Dieu avec pleine confiance en obéissant à ses ministres avec une entière soumission. On jouirait ainsi d'une paix solide et on s'épargnerait beaucoup de peines! Avons-nous péché et beaucoup péché ? Revenons à Dieu avec pleine confiance, Il nous pardonnera puisqu'Il l'a promis.
Des maux que cause la tristesse (Chap. VII):
    Ne te laisse pas aller à la tristesse et ne t'abandonne pas aux idées noires. La joie du cœur, voilà la vie de l'homme, la gaîté, voilà ce qui prolonge ses jours. Trompe tes soucis, console ton cœur, chasse la tristesse; car la tristesse en a perdu beaucoup, elle ne saurait apporter de profit. Passion et colère abrègent les jours, les soucis font vieillir avant l'heure. (Siracide 30, 21-24)
Notre ennemi, jaloux de notre bonheur d'être à Dieu ne manquera pas de nous porter à la tristesse sous les prétextes les plus spécieux. Rejetons-la loin de nous comme un poison mortel. Si la tristesse s'empare de notre cœur, notre âme perd ses forces. Nos armes sont la prière, la confiance en Dieu, la mortification, la fréquentation des sacrements.
La tristesse n'a souvent que l'orgueil et l'ambition pour principe. L'avare a son argent; l'ambitieux, ses honneurs; le sensuel, ses plaisirs; le paresseux, son repos; une âme triste ne peut espérer que la tristesse même qui aigrit.
Remèdes à la tristesse (Chap. IX):
   Il y a la tristesse passagère et momentanée. Le tempérament, l'humeur, le temps, l'imagination… Elle se dissipe vite d'elle-même ou par la raison, la réflexion.
Celle qui est plus profonde s'éloigne en prenant conseil d'amis qui nous aideront à découvrir les causes d'une humeur chagrine, sans nous flatter.
La cause de notre tristesse est quelquefois dans l'âme, quelquefois dans le corps. Les timides, les soupçonneux, les ombrageux, les méfiants sont souvent tristes. L'échec d'une affaire délicate, la crainte que cela n'arrive, l'amour-propre qui veut toujours plaire et se faire estimer, et qui n'y réussit pas toujours, l'infidélité d'un ami, être privé des biens vrais ou illusoires que nous désirons, tout cela afflige notre âme et nous plonge dans le chagrin. La raison, la seule raison éclairée de la grâce attaque le mal et le combattre.
La tristesse nous rend désagréables à Dieu et aux hommes, insupportables à nous-mêmes.
La prière est le grand remède à tous les maux et, en particulier, à la tristesse: Quelqu'un parmi vous est-il dans l'affliction? Qu'il prie. (Jacques 5,13)
Les entretiens avec des amis bien choisis, vertueux, raisonnables et riches en dons, connaissant notre âme, peuvent nous aider à guérir nos plaies. Rien ne vaut un ami fidèle dit le Sage (Siracide 6,15). Une conversation agréable peut nous rendre la joie: La chagrin abat le cœur de l'homme, une bonne parole le réjouit (Prov. 12,25).
Il ne faut pas négliger la médecine, car seules les maladies de l'âme se guérissent par l'esprit.
Essayons d'abord les moyens naturels: la promenade dans la nature, le bon air. Un peu de vin mais avec beaucoup de sobriété (sic!): Le vin, c'est la vie pour l'homme quand on en boit modérément. Quelle vie mène-t-on privé de vin? Il a été créé pour la vie des hommes. Mais il est amertume de l'âme quand on boit avec excès, par passion et par défi. L'ivresse excite la fureur de l'insensé pour sa perte (Siracide 31, 27-30).
Il faut y ajouter le plaisir du chant et de la musique. Le goût de l'ordre et de l'harmonie que Dieu nous a donné nous fera sentir le plaisir de l'accord et du concert et non de la dissonance et de la cacophonie. Un instrument de musique peut beaucoup nous y aider. Une personne qui a une voix agréable peut réjouir les autres. Il faut louer les pasteurs qui enseignent des cantiques aux âmes qui leur sont confiées, aux jeunes en particulier.
Laudate eum in sono tubae, Louez-Le au son de la trompette! Louez-Le sur la harpe et la cithare… (Psaume 150, 3-5)
La voix a l'avantage sur les instruments trop bruyants en certaines circonstances, c'est qu'on peut mieux en tempérer le son.
Réflexions et sentiments sur la joie (Chap. X):
  Aimez Dieu et vous aurez la joie; ayez la joie et vous aimerez Dieu.
Dieu veut être servi avec joie. D'où vient donc que vous êtes triste ? C'est que vous ne tenez véritablement ni à l'intérêt de Dieu, ni à celui du prochain; vous ne tenez qu'au vôtre que vous ne savez pas même discerner.
Je ne serais pas surpris qu'il y ait un enfer pour punir l'ingratitude d'une créature qui s'est refusée aux tendres recherches de Dieu. Ayez une entière confiance en Dieu, et ne cherchez que lui, et vous serez toujours dans la joie.
Ce que la teigne est aux habits, et le ver au bois, la tristesse l'est à notre âme; elle la ronge et la rend inutile à tout.
Gardez-vous bien du scrupule; c'est le piège le plus séduisant  que votre ennemi puisse vous tendre. il ne produit que le trouble, l'abattement et le désespoir. C'est une fausse profonde, couverte d'un gazon verdoyant (nous pourrons, un jour, dans un autre article, parler de ce que "la petite Thérèse" appelait "la terrible maladie des scrupules" dont elle avait souffert pendant plus d'un an. Ndlr).
La crainte du Seigneur réjouira le cœur du juste; elle lui donnera en même temps la joie, l'allégresse et la longue vie; et après l'avoir préservé du péché, elle lui procurera le prix inestimable de la paix et les douceurs des fruits du salut.
Craignez donc, j'y consens, craignez la mort, craignez les jugements de Dieu, craignez vos péchés et vos fautes présentes, mais craignez comme les saints ont craint, sans perdre la paix de l'âme et la joie intime qu'ils ont toujours possédée, même dans les agitations de leur crainte.
La tristesse ne peut produire en nous qu'un bon effet: c'est de nous faire apercevoir que nous sommes peu avancés dans la vertu, puisque le juste n'est jamais triste, quelque accident qui puisse lui arriver.
L'aimable joie modérée par la crainte salutaire est le vin mêlé avec l'eau que la sagesse de Dieu nous prépare et nous exhorte à boire.
Vivez avec la même circonspection et la même humilité que si vous attendiez la mort à chaque instant; et ne pensez pas plus à la mort, que si vous ne deviez jamais mourir.
Sentez-vous les atteintes ou les approches de la tristesse ? Egayez-vous, chantez, badinez même innocemment, s'il le faut, pour la bannir entièrement de votre cœur. Quand votre enjouement approcherait un peu la dissipation, ce ne serait pas un mal, mais un remède, et un remède nécessaire à un grand mal, qui est la tristesse; et par conséquent Dieu n'y sera jamais offensé mais loué.
Mondains, qu'est-ce qui vous rend tristes ? D'où vient cette tristesse qui vous dévore, comme la fièvre et qui vous fait périr à la suite du monde que vous adorez ? Vous voulez lui plaire, et vous ne pouvez y réussir. Il vante les richesses que vous poursuivez, et elles vous échappent. Il vous offre des plaisirs: vous en essayez; et la jouissance vous en dégoûte. plus ils sont vifs, moins ils sont durables; et le moment où ils finissent est celui où vous les détestez. la gloire vous enchante; c'est votre ombre que vous poursuivez et qui finit à mesure de tout ce que vous faites de chemin pour l'atteindre. Essayez de la joie que je vous offre, et que vous trouverez au fond de vous-mêmes si vous savez y entrer et si vous ne vous trouvez pas plus heureux que dans les folles joies du monde…
Ministres du Seigneur, vous exhortez tout le monde à tressaillir d'allégresse, et vous êtes toujours tristes et languissants ?
Quel héraut de la joie que celui qui est morne et abattu !
Etes-vous pécheurs ? Soyez pénitents. Etes-vous pénitents ? Soyez joyeux, puisque Dieu vous a pardonné. du moment que vous revenez à lui, il revient à vous. Vous détestez le péché avec lui, il le combat avec vous, il s'unit à vous pour le détruire.
Le ciel est le séjour éternel de la joie, et l'enfer, celui de la tristesse. L'homme est au milieu; mais il a l'enfer sous ses pieds et le ciel sur sa tête. C'est vers ce dernier séjour qu'il doit porter ses regards.
Ayez un véritable amour pour Dieu. Soyez jaloux de ses intérêts, observateur de ses lois, fidèle à ses desseins sur vous, attentif à ses inspirations et à ses mouvements, affectionné à ceux qui le servent, content d'être seul avec lui. C'est à ces traits que vous reconnaîtrez vos amis et que Dieu vous mettra au nombre des siens.
Les gens du monde gémissent et éclatent en plaintes à toute occasion, ils sont malheureux, ils le sentent et ils ne veulent pas en convenir. Les personnes vraiment pieuses sont contentes; toujours la joie dans le cœur et la gaîté sur le visage, elles s'estiment heureuses et le sont…
La véritable et souveraine joie, dit Saint Bernard, est celle qu'on goûte en Dieu et que personne ne peut nous ôter, puisque nous avons Dieu dans notre cœur et où il la renouvelle sans cesse."
Sur la tristesse, lire le chapitre XII de la Quatrième partie de l'Introduction à la Vie dévote de Saint François de Sales (qui suit le chapitre sur l'inquiétude).
Et le chapitre XXI du Livre onzième du Traité de l'amour de Dieu: "Que la tristesse est presque toujours inutile, mais plutôt contraire au service du saint amour".
abbé Christian LAFFARGUE
Bulletin paroissial de Tossiat (01250), novembre 2007.

http://paroisse-tossiat.over-blog.fr/article-19454530.html

mardi 30 décembre 2008

Les actes du concile de Moscou (1917-1918) en ligne

Les actes du concile de Moscou (1917-1918) en ligne

Synode_1917 Le site Internet Bogoslov.ru vient de mettre en ligne, les 12 tomes des décisions et des actes complets du concile de Moscou (1917-1918) de l’Eglise orthodoxe russe. Ce concile, évènement majeur de l’histoire moderne de l’Église orthodoxe russe, est à l’origine du renouveau de l’ecclésiologie orthodoxe de 20ème siècle et le signe de la vitalité de l’Eglise orthodoxe russe. Ce concile a eu le courage de poser, à la veille de la révolution soviétique, des questions que l’évolution de la société posait aux chrétiens et qui restent toujours d’actualité : gouvernement de l’Église, mission, prédication, liturgie, monachisme et vie paroissiale. Les 12 tomes en russe sont téléchargeables gratuitement au format PDF. De même, on peut aussi télécharger, sous le même format, les trois tomes de résumés des trois premières sessions du concile ainsi qu'un tome contenant les biographies des participants.

lundi 15 décembre 2008

Mahomet, prophète et guerrier

Mahomet, prophète et guerrier

Par Salim Bachi , publié le 29/10/2008 15:26 - mis à jour le 03/11/2008 14:57


Salim Bachi, auteur du Silence de Mahomet (Gallimard)

Le fondateur de l'islam cache encore des secrets. Son itinéraire - religieux, mais aussi politique - mérite d'être retracé à la lumière des dernières (re)découvertes historiques.

Connu des musulmans sous le nom de Mohammad, Mahomet serait né à La Mecque en 570 après Jésus-Christ. Orphelin, il est adopté par son grand-père Abd al-Mouttalib, puis confié à la garde de son oncle Abou Talib, qui prendra soin de l'enfant et l'initiera plus tard au commerce caravanier.


Le jeune homme voyage en Syrie, comme l'atteste la chronique (sîra), où la rencontre avec un moine chrétien du nom de Bahira - ou Bouhayra - ne fait que confirmer son destin prophétique. A 25 ans, toujours selon les rédacteurs de la sîra, Mohammad est employé par Khadija, une riche commerçante divorcée par deux fois. Celle-ci l'épouse, à l'âge de 40 ans, gagnée par sa probité, par son intelligence, et sans doute par le charisme qu'il manifestera tout au long de son existence. Elle lui donne de nombreux enfants, mais seules deux filles survivront. La plus connue est Fatima, future épouse d'Ali, cousin de Mohammad et fondateur - bien malgré lui - du chiisme.

Pendant ces années, Mohammad se retire souvent des affaires du monde pour des retraites de plus en plus longues dans le désert ou sur les collines environnant La Mecque. A 40 ans - chiffre emblématique - il reçoit la première révélation : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé ! » Pourtant, l'homme de Dieu est illettré, selon la tradition et selon le Coran. Plus exactement, il est ummi. Mais l'étude de ce mot ne renvoie pas forcément à l'illettrisme en tant que tel et ne prouve rien, hormis le fait que Mohammed, comme une grande partie des Mecquois, à l'inverse des chrétiens et des juifs, n'appartenait pas à une religion du Livre. Comment imaginer un caravanier prospère incapable de dresser ses listes de marchandises ?

Autre problème : pourquoi cette récurrence de l'âge fatidique de 40 ans sous la plume des chroniqueurs ? Pour Hichem Djaït, historien de l'islam et auteur du livre La Vie de Muhammad (Fayard), le chiffre, dans les deux cas, est probablement une convention. De même, Mohammad, loin d'être né en 570, serait né bien plus tard, en 580 ou au tournant des vie et viie siècles ! D'ailleurs, la razzia d'Abraha sur La Mecque date, selon les historiens, de 547 ! Il faut donc imaginer Mohammad en jeune prophète et en guerrier vigoureux d'une religion conquérante. Sinon, on ne s'explique pas sa participation à la bataille de Badr ou au siège de Médine à plus de 50 ans, âge canonique pour l'époque. Il serait mort moins âgé, en 632, à l'évidence. Mais, en histoire, il faut se méfier des évidences...

Alors, que penser de la chronique, de la sîra ? Récit fondé sur l'Histoire ou aimable roman ? Les deux, sans doute. Mohammad fut à la fois le prophète de Dieu, le fondateur d'une civilisation et un génie universel ouvert aux deux autres monothéismes. L'homme fut même écrasant pour ses contemporains et ses successeurs, au point que certains cherchèrent à enjoliver ce qu'ils ne comprenaient pas ou à masquer ce qui contrariait leurs ambitions, qu'elles fussent spirituelles ou temporelles. Mohammad, lui, se plaisait à dire qu'il avait aimé trois choses dans sa vie : la prière, les parfums et les femmes.

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